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Platonov

D'Anton Tchekhov

Mise en scène de Valentin Rossier

présentation

Maurice Aufair  Porfiri Sémionovitch Glagoliev Claude-Inga Barbey Anna Pétrovna Voïnitséva Julia Batinova  Alexandra Ivanovna (Sacha) Vincent Bonillo Sergueï Pavlovitch Voïnitsév Élodie Bordas Sofia Iégorovna Marie Druc Maria Éfimovna Grékova Armen Godel Abram Abramovitch Venguérovitch Christian Gregori  Nikolaï Ivanovitch Triletski Roberto Molo Ossip Guillaume Prin Kirill Porfiriévitch Glagoliev Valentin Rossier Mikhaïl Vassiliévitch Platonov

 

Un personnage de théâtre

Platonov, c’est le personnage d’un roman qui n’existe pas. L’inachèvement et l’incertitude sont inscrits dans son caractère. Rien ne peut le définir absolument. Il erre dans le cœur des femmes, sans pour autant convenir à l’image d’un Don Juan. Il est paresse, abandon, il n’agit pas. C’est la petite société qui l’entoure, assoiffée de raisons de vivre ou de survivre, qui malgré lui, le rend actif. Son intelligence ne se manifeste que par sursauts. Et parce que cette intelligence demeure imprévisible et éphémère, elle est souvent destructrice. Platonov court après sa mort comme la pièce vers sa fin. Il ne choisit pas : Tchekhov non plus. Tous deux, comme dans un miroir, se renvoient implacablement une forme d’impuissance existentielle ; leur incohérence est source de poésie, leur force réside dans l’inachevé. C’est cette incohérence qui donne du corps et de la vie aux personnages de Tchekhov. Platonov, c’est un personnage de théâtre qui s’en veut d’être sur scène sans en connaître la raison. 

Valentin Rossier


Production
Théâtre de Carouge-Atelier de Genève Coproduction Helvetic Shakespeare Company

éclairage

Une histoire naturelle

S’il y avait une histoire « naturelle » de Platonov, elle suivrait le cycle des saisons.   L’hiver, il fait trop froid pour sortir. Les Platonov, comme les autres familles des environs, restent cloîtrés chez eux et engraissent - contrairement aux animaux qui hibernent et maigrissent en vivant sur leurs réserves. Au printemps, les uns et les autres sortent tout gras de leur tanière. Ils aiment se retrouver chez Anna Petrovna, la jeune veuve d’un général dont la fortune s’épuise lentement.  

C’est la saison des amours. Les jeunes hommes sont vigoureux et les jeunes femmes disponibles. Les discours se parent de tous les attributs de la passion et, comme le monde semble encore nouveau, les uns et les autres s’imaginent le faire et le défaire en s’étripant comme de jeunes coqs.  

L’été, on le sent, la chaleur fait éclater les scandales. Les brasseurs d’affaires croquent volontiers ce qui reste de fortune aux beaux esprits qui, par ailleurs, remâchent déjà le dépit et la rancœur que leur inspire un monde que, décidément, ils sont impuissants à changer. Sans compter les histoires d’amour fanées aux premières ardeurs du soleil.  

En automne tout se calme. Le jour et les histoires raccourcissent. Les énergies s’étiolent, sans doute ils ont maigri. Les rancœurs et le, dépit se figent. Les uns et les autres se voient moins souvent et chacun se prépare à traverser le rude hiver qui s’avance déjà.  

Le cycle achevé, on imagine cette petite société prête à recommencer le même parcours et à perpétuer d’années en années la vanité de ses ébats, sans rencontrer d’autres accidents que les naissances, le vieillissement et la mort des uns et des autres.   Mais l’histoire de Platonov n’est pas « naturelle » elle est « humaine ». Cela veut dire qu’elle n’obéit pas aux lois de la nature mais aux règles - et dans le cas de Platonov il vaudrait mieux dire aux dérèglements - que les humains établissent entre eux pour essayer de vivre en société.

Et donc, dès le premier acte, le printemps qui vient est déjà si chaud qu’on pourrait se croire en Palestine et les scandales commencent avant même que les familles locales, enfin réunies, n’aient pris leur premier repas en commun.

MICHEL VITTOZ

Ténèbres

à l'école des ténèbres

Écrit à l’âge de 18 ans, Platonov marque l’exceptionnelle entrée de Tchekhov dans l’écriture, vingt ans avant Le Chant du cygne, l’une des dernières pièces de ce dramaturge russe auquel il ne fut pas donné de vieillir (il meurt à 44 ans). Grand écart temporel ? Ou comment la boucle fut bouclée? Le rapprochement proposé par Alain Françon montre toute la cohérence d’une œuvre universelle, qui, d’un bout à l’autre, aura donné à voir avec une perspicacité aiguë la société et l’existence qui sont les nôtres.

LE MONDE EST UN THÉÂTRE, ET UNE FOSSE.    

C’est dans les ténèbres que l’exceptionnel Jean-Paul Roussillon se laisse aller à son Chant du Cygne, courte confession d’un vieux comédien seul, de nuit, dans les ténèbres d’un théâtre vide. L’expérience de la pénombre, de ce théâtre mort et remplacé par une angoissante fosse noire, marque d’autant plus le spectateur que le texte, dans la voix dramatiquement amusée de Jean-Paul Roussillon, respire une noble fatigue, une immense intelligence et une finesse humaniste vis-à-vis de notre destin de mortels vieillissants, déjà appelés à quitter les planches, mais jusqu’au bout ivres de la magie théâtrale et de l’amour des mots, des puissances et de la vivacité qui habitent cet art.

L’ENFANT TERRIBLE    

Tout n’a-t-il pas été dit, après ces vingt parfaites minutes de Chant du Cygne ? Alain Françon prend le pari que non, et, s’appuyant sur la toute récente traduction de Françoise Morvan et André Markowicz, donne, à la suite de ce condensé existentiel, Platonov, longue œuvre inédite de la jeunesse prolixe de Tchekhov. Grand bien lui en a pris, disons-le sans tarder. Lycéen séparé de sa famille par la ruine de celle-ci, Tchekhov se livre à l’écriture furieuse de cette pièce sombre et drôle, amère et subtile, digne de la jeunesse de Cioran, des errements d’Ivan Karamazov, voire des divagations métaphysiques de Rozanov ; une pièce qui annonce, au sein de l’œuvre de l’écrivain-médecin, à la fois La Cerisaie et, plus encore, Oncle Vania.
Platonov est un dandy désabusé, un esprit remarquable qui a raté sa vie, et qui se retrouve à moins de trente ans petit maître d’école marié à une simple paysanne, tout doté qu’il soit d’une lucidité impitoyable et armé d’un sens de la répartie, d’un maniement du langage qui lui permettent de dominer aisément tous ses contemporains – et de séduire toutes ses contemporaines…
Tiraillé entre trois femmes, dans l’ennui d’une grande maison familiale, de soûleries en scandales, Platonov sombre dans un malaise existentiel et précipite toute la famille dans sa décadence. À mi-chemin entre Dostoïevski et le boulevard, Platonov est « un homme extraordinaire, et une canaille… une canaille extraordinaire », qui se rit de sa petite société, et dont le mépris et le détachement, souvent amoral, lui valent la passion des unes, la fascination des autres, et la soumission de tous. Enfant terrible au franc-parler redoutable, voué à la solitude mais incapable de résister aux tentations du vin et des femmes, conscient de sa force comme de ses fautes, Platonov illustre une modernité d’après le romantisme, caractérisée par son cynisme : Platonov est « le seul être humain » de ce monde, dans le sens que donnait Diogène au vrai homme – lucide, dépourvu de lâcheté, et dangereusement libre. Confronté à tous les âges de la vie, dans cette pièce riche en personnages, en énergie, en dialogues vifs et en réparties cinglantes (dans une excellente traduction, haute en couleurs), Platonov échappe à l’humanité, et provoque le rire, les passions, et la haine, jusqu’à l’apocalypse absurde du dernier acte, dont il est, avec cet inusable ressort dramatique qu’est l’alcool, le seul instigateur.
« Je suis un requiem »
, s’exclame Platonov dans sa déchéance : le requiem trouble et déjanté de toute une société, dont Tchekhov ne cache aucune plaie – injustice sociale, cruauté, corruption, maladies, religiosité sans dieu… Une société où l’on rit pour ne pas pleurer, quitte à paraître fou ; et le public fait-il autre chose, qui s’esclaffe devant le désespoir bouffon de Platonov déchu et maigrement suicidaire ?
Un excès de mort, une métaphysique trop radicale, ne laissent d’autre choix pour le metteur en scène et ses comédiens (assurément tous très bons, d’Eric Elmosnino – Platonov – à Dominique Valadié, en passant par Carlo Brandt, Julie Pilod ou le jeune et célèbre Éric Berger, jouant Nicolaï, double plus discret de Platonov) que de pousser un peu le comique, voire le délirant, pour compenser la grande noirceur de l’ensemble, et la conclusion médicale répétée ici et là : tout est abject.    

LES ÂGES DE LA VIE    

Beaucoup de ténèbres, pour ce véritable événement théâtral, et peu de lumière, si ce n’est l’immense lumière de l’esprit du dramaturge, admirablement orchestré par une mise en scène sobre et pertinente, et par une troupe idéale. Les âges de la vie expliquent tout, dans la vision profondément humaine du médecin Tchekhov ; et, de fait, l’écart entre le dynamisme destructeur de Platonov et la superbe retenue du Chant du Cygne, est manifeste. Mais Platonov, puéril vieillard de trente ans comme Oncle Vania est un vieillard de quarante ans, Platonov échappe aux cases du temps – aussi sûrement que Tchekhov à son siècle, et comme Shakespeare, Dostoïevski ou Homère au leur. Non, l’histoire des hommes ne change pas…      

NICOLAS CAVAILLÈS

Valentin Rossier

Valentin Rossier

Comédien et metteur en scène, Valentin Rossier se forme à l’École Supérieure d’Art dramatique (ESAD) de Genève. Depuis, il n’a cessé de fouler les planches et de signer des mises en scène marquées par un imaginaire et une esthétique singuliers.
En 1994, il fonde l’Helvetic Shakespeare Company avec Frédéric Polier. S’il fréquente assidûment les écritures de Shakespeare et de Ödön von Horvath, il monte également des auteurs tels que Brecht, Agota Kristof, Grumberg, Tom Stoppard, Heinrich von Kleist, Tchekhov.
Parmi ses dernières mises en scène : Dialogues d’exilés de Brecht avec Jean-Quentin Châtelain au Théâtre Vidy-Lausanne ; Les Vacances de Jean-Claude Grumberg au Domaine de Penthes, Genève ; Hamlet de Shakespeare, où il tient le rôle titre, au Théâtre du Loup, Genève ; Le Grand Cahier d’Agota Kristof, créé au Théâtre Vidy-Lausanne ; Allers-retours de Horvath, à la Comédie de Genève.
En tant que comédien, en dehors de ses propres mises en scène dans lesquelles il joue, il travaille sous la direction de Claude Stratz, Letizia Quintavalla, Katarina Thalbach, Gianni Schneider, Dominique Catton, Eric Salama, Frédéric Polier, Raphaël Bermudez.
Récemment il interprète Heiner Müller, notamment Philoctète dans une mise en scène de Bernard Meister au Théâtre du Grütli de Genève.

Anton Tchekhov

Écrivain russe, Tchekhov est né en 1860 à Taganrog, un petit port de la mer d’Azov, et est décédé de tuberculose à Badenweiler en Allemagne en 1904.

Il y a peu à dire sur sa vie sinon qu’elle débuta sous les affres d’un tyran domestique, fanatique religieux et analphabète, son père, et qu’elle se termina dans la souffrance de la maladie au cours d’un voyage à travers l’Europe. Il travailla beaucoup, d’abord comme médecin puis quand il lui restait du temps comme écrivain, se maria sur le tard, voyagea un peu, et laissa sa vie s’écouler au rythme de ses séjours prolongés au sanatorium.

De la souffrance causée par la maladie naîtra ce sentiment profond que chaque seconde de vie est une seconde arrachée à la mort, et qu’il ne peut y avoir de résignation que face à la vie. « Comprenez ça, on a envie de vivre ! » dit Sorine. Soutien de famille dès l’âge de 19 ans, il poursuit des études de médecine tout en écrivant des articles dans des revues humoristiques pour subvenir aux besoins des siens.

Pendant toutes ses années d’études, c’est-à-dire de 1879 à 1984, il publiera 179 articles et nouvelles, à raison de trois heures par jour, assis à la table de la cuisine entre le Samovar et les rires de ses frères. Sa facilité tient du prodige. C’est que depuis son plus jeune âge, que ce soit dans l’épicerie de son père, où plus tard dans le monde, Anton Tchekhov observe, enregistre tous les menus détails qui façonnent la nature humaine.

Ses sujets alors appartiennent à la vie de tous les jours qu’il dépeint de son regard moqueur. En 1887, il publie pour la première fois sous son vrai nom un recueil de nouvelles, Les Récits bariolés. Maître de la nouvelle brève, Anton Tchekhov érige en idéal la sobriété, la concision, l’économie de moyen. Il reçoit le prix Pouchkine, et comme Trigorine dans La Mouette, est adulé, on le courtise, le public l’aime. Mais cette reconnaissance, cet amour là, le rend las, le déçoit.

Dans la bouche de Trigorine, il dira : « J’ai l’impression que cet intérêt que les gens me portent, ces louanges, cet enthousiasme – tout ça, c’est du mensonge, on me ment comme à un malade, et, parfois, j’ai peur que, là, dans l’instant, les gens ne se glissent derrière moi, ne me ligotent et ne m’emmènent chez les fous »

L’œuvre dramatique de Tchekhov débute en 1887 avec Ivanov, suivra Oncle Vania en 1890, La Mouette en 1896, Les Trois Sœurs en 1900, et enfin La Cerisaie en 1903. Ces 5 pièces écrites par un dramaturge se considérant lui-même comme « pas formidable », révolutionneront le théâtre russe, tant dramaturgiquement que formellement. Ces pièces qui vont « à l’encontre de toutes les lois de la scène » imposeront un nouvel acteur, un nouvel espace, un nouveau théâtre, épiphanie rendue possible par Datchenko et Stanislavski le  17 décembre 1898, au Théâtre d’Art de Moscou, devant une salle pleine venue faire un triomphe à La Mouette.

À travers une langue dépouillée et transparente, Tchekhov questionne la création, cette compulsion tyrannique, « je dois écrire, je dois écrire, je dois.. », la vocation, la nature du réel, le symbole, l’allégorie… la vie rêvée et la vie réelle. Résonne alors la voix de Nina : « Maintenant, je sais, je comprends que, dans notre partie – c’est la même chose, qu’on joue sur scène ou qu’on écrive -, ce qui compte, ce n’est pas la gloire, pas l’éclat, pas ce dont je rêvais, mais la longue patience. Sache porter ta croix, aie la foi. J’ai la foi, et j’ai moins mal, et, quand je pense à ma vocation, je n’ai plus peur de la vie ».    

DELPHINE DE STOUTZ

photos
Soirée

Après le vif succès rencontré par les soirées à thème la saison dernière, le théâtre de carouge-atelier de genève vous propose de reprendre la route avec ses samedis coup de coeur.

Samedi 23 janvier 2010
« Ce soir je vous aime plus que les autres jours. »
Une nuit à Moscou – salle François-Simon
Renseignements et réservations : moscou[at]tcag.ch

Dès 18h au Théâtre de Carouge : Les samedis Coup de coeur débutent par un apéritif de bienvenue offert, autour d’une présentation haute en couleur, concoctée par André Steiger et Richard Vachoux, deux complices de la scène romande. Sous le regard amical d’Anne-Marie Delbart, ils proposent de commenter, avec malice et dérision, les pièces à l’affiche du Théâtre de Carouge ! Des rendez-vous qu’ils intitulent : Divergences, duo de clowns pour intellectuels. Tout un programme !

Après la représentation : La fête continue en musique au foyer du Théâtre avec un concert de GARI GARI. Elena au violon et guitare avec une excellente voix slave accompagnée par Michka accordéoniste. Ils jouent de la musique russe traditionnelle et russe tsigane. Ils viendront habillés dans les costumes typiques.

Dès 22h au Chat Noir : Le Chat Noir prend la relève.
Grâce à un partenariat avec ce lieu phare de la vie carougeoise, le Théâtre de Carouge vous fait bénéficier d’un tarif préférentiel et vous invite ainsi à découvrir de jeunes talents musicaux.CHF 10.– Sur présentation du billet du Théâtre de Carouge, daté du jour. À se procurer directement à la billetterie du Théâtre de Carouge, à l’entrée du Chat Noir ou par Internet sur theatredecarouge-geneve.ch.

 

MAMA ROSIN (Cajun, zarico) Avec Robin A. Girod (guitar, vocals, banjo), Cyril "Jeter" Yeterian” (melodeon, vocals, guitar), Xavier "Gérard Guilain" Bray (drums, vocals).Ce trio genevois qui s’inspire de musique cajun et zydeco, revient d’un voyage riche de rencontres en Amérique du sud. Musiciens hors normes, ce groupe genevois a le vent en poupe. Le Chat Noir est heureux de faire découvrir leur tout dernier carnet de route ! www.myspace.com/mamarosin.
Dès 00h30 : DJ ISI & MESS BASS
(rare cosmic soul & tanzparty).