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La Suisse
Bons baisers de Russie!
Première compagnie suisse à avoir pris ses quartiers dans un théâtre moscovite, Carouge est de retour de son expédition en terre de perestroika. Des troupes occidentales de passage, Moscou en avait déjà vu, et pas des moindres. Mais une tournée de 24 comédiens, avec deux camions de 13 mètres de décors, 11 techniciens, un âne et un cheval mécaniques, tout ce monde s'installant pour 12 représentations dans un théâtre de 1700 places, c'était nouveau ! Des oeuvres d'art Don Quichotte ne risquait pas de passer inaperçu, et l'énorme succès rencontré par le spectacle carougeois, tant auprès du public que dans la presse et à la télévision, l'a brillamment confirmé. Et ce, grâce au simple bouche à oreille les belles affiches noires et or, imprimées à Genève spécialement en cyrillique, s'étant arrachées comme des oeuvres d'art avant qu'on puisse les apposer ! Le premier souci de tous était de voir arriver les décors: ils furent livrés intacts et dans les temps par deux routiers ravis de leur voyage, et montés avec compétence sur le plateau de l'Opéra Stanislawski. Les problèmes étaient ailleurs¬dans le courtelinesque épisode des pommes que les gourmands prévoyants avaient apportées... sans compter avec le service d'hygiène qui détruisit ces fruits illégalement ( !) entrés en Union soviétique. Mais au-delà de la petite histoire, l'expérience a marqué tout le monde. Georges Wod, directeur de la tournée la regarde avec un peu de recul: « Paradoxalement, nous avons moins su que vous des événements qui secouaient l'URSS. Les informations déforment beaucoup la réalité: là où nous n'avons vu que quelques poignées de manifestants dans une rue, les Occidentaux ont compris que le régime tremblait sur ses bases. »Je crois que nous avons été davantage ébranlés par la gentillesse slave et les attentions de tous, le souci de nous rendre l'accueil fait à la troupe de l'Ermitage à Carouge en janvier: nous n'avons pas l'habitude d'être ainsi choyés... Les rapports entre individus étaient bien différents; le public se manifeste, apporte une fleur, vient dire qu'il a été touché. Nous avons reçu ici, à Carouge, la lettre enthousiaste d'une spectatrice de Moscou !» Un regret Comme souvent les visiteurs, la troupe a été frappée par les problèmes de distribution ou de nomenklatura, mais aussi par l'ouverture d'esprit des Russes, qui voient d'un &brkbar;il amical notre minuscule pays, dont les similitudes socio-culturelles avec l'URSS sont assez nombreuses. «Après tout, lance Georges Wod, Gorbatchev est un Don Quichotte qui est sorti de l'utopie pour passer à l'action concrète ! » Un seul regret: que Mme Gorbatchev ne se soit pas rendue à l'invitation du Théâtre de Carouge ...
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| JOELLE BRACK | |
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