Le Nouveau Quotidien

«Catherine de Médicis»,
le nouveau tube du Théâtre de Carouge

27 mars 1993

Plus de vingt comédiens, des décors somptueux, des costumes magnifiques. Le spectacle de Georges Wod, sur une adaptation de Monique Lachère, est une grande réussite esthétique.

Elle fut une des grandes personnalités du XVIe siècle européen. Née à Florence en 1519, femme du roi de France Henri II, régente du royaume dès 1560, Catherine de Médicis laisse dans les livres d'histoire une réputation ambiguë: celle d'une poigne de fer, d'une personnalité froide et calculatrice, celle aussi d'une politicienne habile et partisane du compromis entre protestants et catholiques. C'est sur ce deuxième aspect qu'insiste Monique Lachère dans «Catherine de Médicis», pièce monumentale mise en scène par Georges Wod au Théâtre de Carouge.

Monumentale? «Catherine de Médicis», c'est plus de vingt comédiens, danseurs et musiciens, des dizaines de costumes d'époque, de perruques confectionnées avec un soin immense, des décors lourds en dorures et colonnades d'Ezio Frigerio, des musiques de Rameau, Purcell, Stravinski, Diakoff et Verdi. Une production soignée et. efficace, vulgarisation historique et biographique, qui rappelle d'autres succès du théâtre genevois: comme ses prédécesseurs «Raspoutine» (1990) et «Sigmund» (1992), «Catherine de Médicis» est un tube théâtral qui fait salle comble tous les soirs.

«C'est un peu comme «Amadeus» ou «JFK» au cinéma», explique un jeune spectateur, accro des productions Wod-Lachère au point d'être allé voir trois fois «Raspoutine», à Genève et à Lausanne. «Très soignées mais sans grande originalité, ces pièces laissent peu de place à la suggestion, à l'interprétation. Mais cc sont des vulgarisations hyper-vivantes et d'une grande réussite esthétique. Quand je vois déambuler Catherine de Médicis dans son palais, entourée de la cour, je me plonge dans l'époque. Et j'apprends beaucoup de choses: le XVle siècle, je n'y connaissais rien du tout. J'ai l'impression d'en avoir un peu saisi l'atmosphère. Ses enjeux politiques, ses conflits et, aussi, sa beauté.»

Didactique, «Catherine de Médicis»? «Je n'aime pas ce mot! dit Georges Wod. Ce sont des pièces proches de l'histoire. C'est différent. Monique Lachère use de quantité d'astuces pour imposer une image précise du personnage et de son époque. Rien à voir avec I'aspect systématique, didactique, d'un livre d'histoire.» Beaucoup plus d'accord avec la «réussite esthétique», le metteur en scène et directeur du Théâtre de Carouge continue: «La beauté d'une pièce me préoccupe bien plus. L'esthétisme d'une mise en scène, c'est la porte ouverte vers une certaine folie, vers le rêve en tout cas. Sans rêve, il n'y a pas de vrai théâtre.» Et Georges Wod de comparer son travail à celui de Robert Hossein, autre ambassadeur du grandiose et du somptueux. La beauté, donc. A quelques minutes de la fin de «Catherine de Médicis», la scène n'est plus éclairée que par des spots bleus venus des coulisses. Ambiance de mort dans le palais, à la veille du massacre de la Saint-Barthélemy (1572). Les personnages se glissent comme des ombres derrières les colonnades éclairées de biais. On chuchote, la terreur dans la voix, au milieu de cet espace autrefois doré, devenu par le jeu des lumières tellement froid, presque macabre. Atmosphère saisissante, beauté inquiétante. Comme un refrain qui va s'amplifiant, les cris venus des rues de Paris s'imposent depuis l'arrière de la scène. Frémissement dans les gradins.

Usée par le pouvoir, par les trahisons, Catherine de Médicis meurt dans le désespoir absolu, en janvier 1589. Ambiance intimiste, enfin, sur les planches du théâtre. Les colonnades restent dans l'ombre, comme des fantômes. Quelques familiers entourent la reine dans une scène qui se joue au ralenti. Peu de lumière, plus de bande-son. L'émotion est palpable parmi les spectateurs au moment où tombe le rideau, après deux heures et demie de spectacle. Applaudissements, rappels. «Catherine de Médicis» est un immense succès populaire. Un de plus pour le théâtre genevois. «J'ai en tête une lettre que j'ai reçue récemment», termine Georges Wod. «Une personne âgée me disait: «Quand on sort du Théâtre de Carouge, on se sent plus beau.» C'est le genre de message qui me touche.»

Mathieu Truffer
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