Bérénice

Un extrait de la critique de Marie-Pierre Genecand parue dans Le Temps du 3 novembre 2009

(…) Car le texte sort gagnant de ce traitement «en dedans». Oubliées la chanson parfois lancinante de l’alexandrin. Ou la rigidité du vers appuyé. Grâce à la mise à nu, à l’intimité du ton, on accède directement au chagrin, on en ressent le frisson. «Vous êtes empereur, seigneur, et vous pleurez?» s’étonne Bérénice. Ces mots, ici, résonnent pleinement.

Peu de mouvements, sinon des élans avortés. Peu d’effets, sinon une projection photo des visages qui se statufient peu à peu. Toute la place est faite au jeu. Dans le rôle de Titus, le Romand Vincent Bonillo surprend. Jamais, il n’avait joué de tragique, mais Philippe Sireuil le voulait pour sa densité, son ancrage. Entre Anne-Pascale Clairembourg (Bérénice), belle et bouleversée, et Itsik Elbaz (Antiochus, l’ami éconduit), au comble de la fébrilité, Vincent Bonillo maîtrise le texte et donne à Titus la dimension de son abattement. On l’écoute, on le comprend. Mais on réalise aussi que le pouvoir a sur lui un empire fascinant. «Il ne s’agit plus de vivre, il faut régner.» Même dos au mur, le principe sera appliqu.

Bérénice, jusqu’au 15 nov. au Théâtre de Carouge, à Genève, tél. 022/343 43 43, www.theatredecarouge.ch, 1h 50.

  1. Quel plaisir que le texte de Racine, magnifiquement déclamé par les comédiens et servi par une mise en scène très sobre permettant au spectateur de pénétrer pleinement l’univers de la pièce.
    Mais quel dommage de ponctuer le spectacle par un film et une chanson en anglais privant d’un coup le spectateur de toute l’atmosphère si chèrement amenée par les comédiens au service du texte de Racine. Je ne comprends pas ce que cela procure au spectateur sinon de le mettre dans la situation de rupture des protagonistes. Mais c’est brutal et je n’en demandais pas tant….

    Stamm, le 29 octobre 2009 à 01:10
  2. Un spectacle ascétique, voire un peu austère, je trouve. À force de dépouiller à l’extrême le décor, le jeu, la gestuelle et la déclamation, cette mise en scène finit par laisser le spectateur un peu froid. Les acteurs ne manquent certes pas de talent mais, du fait de ce dénuement et de cette voix blanche qu’ils adoptent presque continûment, ils finissent par donner l’impression de manquer d’étoffe, de la prestance due au rang de leurs personnages, et même - et là c’est plus problématique - de passion. Or, l’intrigue de « Bérénice », finalement très ténue, ne tient qu’à l’expression de la passion amoureuse.
    Le spectateur entend donc (même si, à quelques moments, certaines répliques sont inaudibles) une langue très belle évidemment, mais qui tend à être désincarnée, comme le suggèrent d’ailleurs les écrans qui statufient les personnages.
    Enfin, mais là, le spectacle n’est pas en cause, j’ajouterai que le public est parfois indiscipliné dans cette salle ! Et les scolaires ne sont pas forcément visés ! Beaucoup de têtes blanches lors de la représentation du jeudi 5 novembre… Passent encore, en ces périodes aussi automnales que grippales, les raclements de gorges et les quintes de toux, mais les bavardages à haute voix et les recherches frénétiques de pastilles dans le sac à main, voilà qui est fort mal élevé pour les autres spectateurs…

    Ludovic, le 6 novembre 2009 à 13:23
  3. Nous avons passé un excellent moment. Donner vie à ce texte magnifique en nous faisant oublier les alexandrins, en nous laissant accéder plus directement aux sentiments , c’était super ! Un Titus intense et une Bérénice moderne, une proximité et une intensité en crescendo jusqu’au final. Et voilà, c’est pour ces moments qu’on retourne au théatre Merci

    Greg, le 6 novembre 2009 à 23:02
  4. Le spectacle était très attendu, car faisant partie de nos racines. J’ai eu cependant beaucoup de peine à l’apprécier comme je l’avais espéré. J’y retrouve à nouveau , une expression verbale très intimiste et limitée qui laisse totalement de côté la mise en valeur du texte que la sobriété de la mise en scène ne peut compenser.
    La plupart des acteurs ne donnent aucun relief aux mots qui sont débités sans leur donner de poids. Ainsi, la musique de la langue est-elle totalement inexistante. Ils se parlent à eux-mêmes, comme dans leur chambre, oubliant de faire passer le texte, au-delà du plateau.
    Mais pour le reste, l’accueil, le théâtre, l’amabilité de l’équipe au bar, c’était parfait!

    Gérald Frédéric Wyss, le 7 novembre 2009 à 00:23
  5. Des amis, assis aux premiers rangs, nous ont dit avoir participé à un spectacle superbe. Nous, qui étions placés au rang M, avons vraiment souffert de ne pas comprendre ce que les acteurs disaient. Ce n’étaient pas « certaines répliques » qui étaient inaudibles, mais la plupart d’entre elles. Et dans ce cas, tout le plaisir et l’émotion s’en vont. Etait-ce un parti pris de la mise en scène de faire ainsi chuchoter les acteurs ?
    Dommage !
    Personnellement, je ne reviendrai plus dans la grande salle, sauf si j’obtiens une place dans les trois premiers rangs !

    Durand Philippe, le 7 novembre 2009 à 13:05
  6. Mon impression et celle de mon ami correspondent tout à fait à celle exprimée par Ludovic. Belle recherche dans les costumes mais pourquoi des pieds nus ? Cette interprétation manque de passion, l’ennuie s’installe. Dommage.

    Elisabeth, le 9 novembre 2009 à 16:49
  7. Je me faisais une joie de redécouvrir Bérénice depuis les années…lointaines du lycée. Hélas, quelle déception !Je pense que la mise en scène retenue,neutralisée, voire étouffée, ainsi que le jeu « en dedans » des comédiens (souvent inaudibles) ont nui à la représentation de cette pièce admirable et surtout à la beauté de la langue,escamotant l’alexandrin,oubliant la grandeur des personnages et minimisant l’expression de leurs souffrances. Que représente ce « mur des lamentations » illuminé sur lequel viennent s’effondrer,s’affaler des êtres falots, fatigués, transparents même alors qu’ils doivent apparaître comme des héros qui se meurtrissent les uns les autres et se meurtrissent eux mêmes plus cruellement encore.Jamais on ne ressent la grandeur de ce combat perdu d’avance et c’est dommage. Une trouvaille de mise en scène cependant : les photos en gros plan des visages des principaux protagonistes qui en se déformant lentement illustrent avec bonheur le tragique de leur destin.

    MEURANT Jacques, le 10 novembre 2009 à 18:39
  8. Très bonne pièce mais à nouveau, comme lors du précédent spectacle, les acteurs ne parlent pas assez fort, souvent on ne les entend pas, on manque des parties de dialogues et plusieurs personnes ont fait la même remarque à la fin du spectacle… Regrettable…et frustrant….
    Nous sommes au rang I, milieu…

    Racordon Sylvie, le 11 novembre 2009 à 15:23
  9. Peut-être n’ai-je pas TOUT entendu, mais je crois avoir tout compris. La musicalité des alexandrins mettait en valeur les combats intérieurs des protagonistes. La simplicité de la mise en scène, des costumes et du jeu des acteurs m’a paru laisser toute leur actualité aux sentiments exprimés par Racine.
    A 66 ans, j’ai eu l’occasion de voir « Bérénice » plusieurs fois. Cette représentation est la seule qui ne me rappelle pas ma terne lecture scolaire obligatoire d’il y a cinquante ans.
    Aussi suis-je sortie très heureuse de n’avoir pas assisté à une déclamation en costumes du 17e. Peut-être ces acteurs auraient-ils fait aussi bien en déclamant. Mais s’il vous plaît, pas de micros faciaux comme à la tv…

    Sabine Cimasoni, le 13 novembre 2009 à 16:43
  10. Le texte est magnifique, mais encore faut-il l’entendre… tout à fait d’accord avec les autres remarques ci-dessus, et le public, à l’instar de la population, ne va rajeunir ces prochaines années. A bon entendeur !

    Stefaan, le 13 novembre 2009 à 16:58
  11. Nous sommes sortis du théatre complètement épuisés d’avoir tendu l’oreille afin d’essayer de participer à la représentation de Bérénice.
    Les acteurs sont statiques et inaudibles, je vous propose donc de jouer à huis clos et de faire parvenir le texte de Racine aux abonnés qui pourraient le lire tranquillement dans leur salon.
    Dommage !!!

    Gachet Jean-Pierre, le 13 novembre 2009 à 18:30
  12. J’ai oublié de vous dire, cette mise en scène aurait été à sa place dans la salle Gérard Carrat.

    Gachet Jean-Pierre, le 15 novembre 2009 à 12:56
  13. En accord avec la plupart des remarques précédentes et devoir tendre l’oreille pour pouvoir apprécier ce beau texre inaudible surtout. en ce qui concerne Titus et Bérénice

    des abonnés de longue date qui se posent des questions …

    jacqueline, le 15 novembre 2009 à 14:38
  14. J’ai trouvé très instructif de lire l’article paru dans Le Temps. C’était donc voulu que le spectateur n’entende rien! Nous étions au rang L, et nous ne comprenions « rien », j’avais l’impression de voir un spectacle dans une autre langue, de temps en temps un mot audible, pourtant je vous assure que j’écoutais de toute mes oreilles, qui étaient propres… Des acteurs qui parlent en nous tournant le dos, c’est presque insultant, le spectateur a-t-il encore sa raison d’être dans une telle mise en scène? Si je sors, paie une place au théâtre, c’est pour me procurer un moment de plaisir, pas un supplice comme celui-ci. Abonnée depuis plusieurs années, je ne pense pas renouveller celui-ci la saison prochaine. Je regardrais la tv, là au moins je peux régler le volume du son!

    elise, le 16 novembre 2009 à 19:18
  15. Le meilleur comédien, à mon goût, jouait dans le rôle d’Antochius. Titus ne représentait en rien la grandeur romaine. Il avait plutôt l’air d’un pauvre homme un peu paumé. Bérénice n’avait rien de séduisant et surtout pas cette ferveur d’une grande amoureuse. Par contre la façon de dire les alexandrins est beaucoup plus agréable à entendre que les déclamations d’autrefois. Etant proche de la scène nous n’avons pas eu de problème d’audition ou peut-être qu’on avait alors remédié à la chose quand nous sommes venus. La mise en scène, très sobre, nous a plu mais nous aurions aimé un peu plus de déplacement sur la scène. A part cela, nous restons très attachés au Théâtre de Carouge où nous venons depuis des années !

    Nepitella, le 22 novembre 2009 à 16:55




Ajouter un commentaire

* champs obligatoires

En envoyant un commentaire vous accéptez que "L'envers du décor" peut reproduire vos mots, votre site, votre nom. Les commentaires innapropriés seront effacés sans avis préalable.