Georges Wod

Né en 1936 à Varsovie dans une famille de diplomate, Georges Wod (pseudonyme de Wodzicki) arrive dans le sud-ouest de la France en 1940 avec sa mère et son frère, où ils rejoignent son père, engagé volontaire et futur résistant.

A Toulouse, Wod suit des études de Lettres et fait deux ans de Conservatoire. Engagé au Centre dramatique national de Toulouse que dirige Maurice Sarrazin, il y joue pendant cinq ans.

C'est en 1960 qu'il monte pour la première fois sur les planches du Théâtre de Carouge dans la pièce de Louis Gaulis Capitaine Karagheuz.

A Carouge, (sous la direction de François Simon et Philippe Mentha) ses activités sont multiples tant sur scène que dans les coulisses, où il se tourne à tous les métiers du théâtre. En 1962, il entre au Comité directeur.

Cette première période genevoise le voit à la fois au Théâtre de Carouge et à la télévision (suisse romande et française) où il tourne une quarantaine de séries ainsi que des dramatiques, dont plusieurs en rôle-titre, à Paris ou à Genève avec Louis Grospierre, Josée Dayan, Michel Soutter, Raymond Vouillamoz, José Giovanni et Yvan Butler, entre autres.

En 1973, pour le nouveau Théâtre de Carouge, il signe sa première mise en scène avec Le Prix America de Dino Buzzati dans une adaptation de Monique Lachère.

De 1978 à 1981, il mène un carrière d'acteur à Paris, jouant au Théâtre de la Ville et au Carré Silvia Montfort. Parallèlement, jusqu'en 1981, le cinéma et la télévision occupent une grande place dans sa carrière. On peut le voir notamment dans le Haut-Mal de Louis Grospierre en 1974; ce film, où il tient le rôle principal, est sélectionné pour le Festival de Cannes. La même année il joue dans L'Escapade de Michel Soutter. Citons encore pour mémoire sa participation en 1975 au Gitan de José Giovanni, en 1976 à Lumière de Jeanne Moreau, en 1978 au Shérif d'Yves Boisset, en 1981 au Litan de Jean-Pierre Mocky, en 1985 au Milan noir de Ronald Shammah. En 1981, il abandonne sa carrière d'acteur au Théâtre de la Ville à Paris et reprend la direction du Théâtre de Carouge.

A un moment où le Théâtre de Carouge voyait son avenir menacé, Georges Wod va en faire en quelques années le théâtre de Suisse comptant le plus d'abonnés (environ 11'300 en 1994) et une institution d'envergure internationale. La politique d'ouverture de Georges Wod est multiple. Il accueille des troupes prestigieuses telles que la Comédie française et le Théâtre de l'Odéon, avec lesquelles il coproduit des spectacles.

Il réalise des échanges avec des Centres d'art dramatique nationaux français, tels que La Criée de Marseille et la Comédie de Saint-Etienne. Il emmène également ses comédiens à l'étranger: en 1988, le Théâtre de Carouge est invité au Festival de Québec. En l990, à l'heure de la «perestroïka», il établit le premier échange théâtral entre la Suisse et l'Union soviétique. Le Théâtre de Carouge joue Don Quichotte de Monique Lachère à l'Opéra Stanislawski. En 1992, il obtient un triomphe à Saint Pétersbourg avec son Raspoutine.

Depuis 1981, Georges Wod n'a cessé de surprendre les spectateurs par la variété et l'ouverture de ses spectacles. Le souffle de grands destins passe à travers les créations de Monique Lachère: Don Quichotte, Raspoutine, Freud, Catherine de Médicis, Henri IV, mais d'autres spectacles plus intimistes laissent place à d'autres rêves. Le répertoire le plus classique n'est pas oublié, Molière, Musset, Marivaux ont régulièrement leur place dans les programmes. La «petite salle» (au 57, rue Ancienne) permet de donner leur chance à des pièces inédites et à de jeunes auteurs.

Directeur de théâtre, Georges Wod n'est pas un homme de cabinet mais un homme d'action, de spectacle et de communication. S'il dirige et met en scène, il a également besoin de brûler les planches et de vivre à travers les grands personnages! Tour à tour Père Ubu, Cyrano, Monsieur Jourdain, Dom Juan, Raspoutine, Don Quichotte, Henri IV. Gageons qu'il tire de ces grands rôles la force de se battre pour assurer la vie quotidienne et l'avenir de son théâtre, ce qui, dans une période de crise, n'est pas une mince affaire et absorbe souvent un temps et une énergie qu'il consacrerait volontiers à sa passion de la scène.

En huit ans (1984-1992) de luttes et d'activité comme président de l'Union des théâtres romands qui regroupe tous les théâtres professionnels de Romandie, il parvient à signer une convention collective avec le syndicat des acteurs, un accord avec la Société des auteurs et à instaurer le deuxième pilier pour les gens du spectacle.

En 1992, la Ville de Carouge a manifesté sa gratitude à Georges Wod en lui attribuant le Mérite carougeois. Et au début 1994, le ministre français de la culture et de la francophonie Jacques Toubon l'a fait Chevalier dans l'ordre des Arts et Lettres.

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