1990 - 1991

Raspoutine
de Monique Lachère / Georges Wod

Pétrograd, le 3 janvier 1916. Au petit matin.

Le ciel blanc pèse comme une malédiction sur les coupoles dorées de l'ancienne Saint-Pétersbourg et les monceaux de neige qui tentent d'étouffer en silence la Neva, ce fleuve mort de glace. De ses canaux étroits qui étreignent de leurs bras gelés les palais encore endormis, là où l'efféminé prince Youssoupov a coutume, en en cassant la glace, d'ensevelir vivant l'un de ses petits chiens, on sort un colosse givré mais non moins inquiétant, noyé agonisant dont la main ligotée s'est dégagée dans un ultime geste de bénédiction ou de malédiction encore. Les paysans de Pokrovskoié, du fin fond de la Sibérie, peuvent se frapper le front et la poitrine en gémissant blêmes de terreur ou de froid «Gospodi pomiloui!» «Seigneur, aie pitié!» Grigori Efimovitch Raspoutine, ce moine accusé de toutes les corruptions et de toutes les débauches, ce staretz versé dans les saintes Écritures qui ne dédaigne ni la vodka ni les tziganes, au regard clair et fixe duquel succombent toutes les femmes de la Cour, ce moujik qui signe d'une croix mais dont l'illettrisme est une légende Raspoutine l'un des leurs, n'est plus. Le seul qui ait osé dire au tsar leur misère, habité par une armée à genoux d'âmes en fichu noir ou en cafetan usé. Les boyards peuvent se féliciter de leur crime et crier «Vive le tsar!» c'en est fini de la sainte Russie déjà ébranlée par un pogrom et par le spectre de la guerre mondiale. Les Allemands forts de leur pénétration en Turquie, rêvent de relier d'un trait de chemin de fer le soleil de Badgad aux brumes de Hambourg. L'équilibre slave en est bouleversé. La sainte Russie et ses ténébreuses superstitions, sa foi ardente, l'immensité de ses steppes glacées, sa terre lourde et rude d'où montent tant de lamentations et de mains tordues, la sainte Russie et ses icônes va vers sa révolution. Le règne fabuleux des Romanov s'achève. La dynastie de toutes les grandeurs et de toutes les barbaries orientales s'effondre, tandis que les restes des anciens tsars seront arrachés à leurs tombeaux de porphyre. Une seule personne peut-être le sait, isolée dans son faste byzantin et son fanatisme mystique, rongée par l'hémophilie de son tsarévitch, la tsarine Alexandra qui tient encore dans ses mains figées la dernière lettre de Raspoutine, le testament de celui qui sous les lambris du palais, avec son pas puissant et sa voix profonde, son magnétisme et son génie visionnaire, ne lui a jamais fait défaut. Celui qui avait prévu après sa propre fin, un grand désastre et «partout sur la neige, comme de grands pavots de sang».

Monique Lachère

DISTRIBUTION

Mise en scène: GEORGES WOD-WODZICKI,
assisté de: MARCO CALAMANDREI
Scénographie: EZIO FRIGERIO
Costumes: FRANCA SQUARCIAPINO
assistée de: PIERRE-JEAN LARROQUE
Lumières: BRUNO BOYER
Conception coiffures: REINER WILHELM

Avec:

La Tsarine Alexandra Jeanne Colletin
Sa confidente Anna Viroubova Elena Noverraz
Le Tsar Nicolas II Yves Mahieu
Grigori Efimovitch Raspoutine Georges Wod
La gouvernante du Tsarévitch Maria Vichniakova Vanessa Larré
Le Tsarévitch Alexis Baptiste Guye
Le domestique Benoit Lance
L'évêque Théophane Maurice Aufair
Le prince Youssoupov Raoul Pastor
Le grand duc Dimitri Jean Fuller
Le ministre de l'intérieur Khvostov Michel Rossy
Un pope Christian Gregori
Le médecin Raphaël Simonet
La Lokhtine Claire Dominique
La chanteuse Sonia Liana-Paula Lungu
La chanteuse Natia Véronique Mattana
Le domestique de Youssoupov Maurizio Cardinale
La gouvernante de Raspoutine, Katia Ivanovna Isabelle Rémy
Un policier chargé de la sécurité de Raspoutine Raphaël Simonet
L'évêque Isidore Jean-Christophe Malan

Musicien accordéon Joe Stupin
Musicien contrebasse Pavel Pesta
Musicien violon Andrzej Marcinkowski
Musicien guitare Thomas Hempler
Coordination musicale Igor Diakoff
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