1993 - 1994

Henri IV, le vert-galant
de Monique Lachère / Georges Wod-Wodzicki



Henry IV au Vietnam

Didier Dana

Depuis un demi siècle, aucune troupe occidentale n'avait été jouer sur les planches d'un théâtre vietnamien. Le premier à se jeter à l'eau, c'est Georges Wod, directeur du Théâtre de Carouge (GE), qui a décollé hier avec ses trente comédiens pour rejoindre l Hanoi il y présentera "Henri IV, le Vert-Galant".

Au moment du départ, hier à l'aéroport de GenèveI Cointrin, I'ambiance était franchement décontractée, même si "le patron" ne cachait pas son trac.

J'adore essuyer les plâtres. L'angoisse est là, mais, si elle n'existait pas, ce métier n'existerait pas non plus. Nous avions déjà tenté l'aventure en allant jouer en URSS. Cette fois j'ai opté pour l'Asie. Après un siècle de présence française, il semblait plus facile de présenter là-bas, plutôt qu'en Chine, un texte en français. Or, à ma grande surprise, les gens sont beaucoup plus portés sur I'anglais, voire franchement sur l'américain...

Comment vous ferez-vous comprendre du public?

J'ai fait éditer 2000 exemplaires de la traduction de la pièce en vietnamien, mais nous jouerons en français. Contrairement à ce qui s'était passé en Russie avec "Raspoutine", où les gens disposaient d'une traduction simultanée avec écouteurs. Nous allons, cette fois, projeter des diapositives afin de situer les scènes et les différents actes, 120 dias explicatives défileront pendant le spectacle.

Devant ce public parfois non francophone, allez-vous modifier votre façon de jouer?

Oui, un peu. Nous allons appuyer les regards et I a gestuelle, mais sans jouer comme des auto mates. Je me souviens qu'à Saint-Pétersbourg les gens riaient à certains moments et nous ne comprenions pas pourquoi. Les publics ont parfois des réactions inattendues. On verra...

Comment allez-vous faire pour les décors de la pièce?

Dix-sept tonnes de matériel sont déjà parties il y a deux mois, mais par bateau, car je ne suis pas Rockefeller pour transporter tout cela en Boeing (rire). A Carouge, si le théâtre n'est pas très grand, nous disposons pourtant du plus grand plateau de Suisse romande. n a fallu donc trouver une salle adéquate là-bas, ce qui n'a pas été facile.

"Henri IV" crée l'événement à Hanoi avec Georges Wod

La pièce de Monique Lachère a été jouée trois soirs au Palais de l'amitié vietnamo-soviétique. Interview du metteur en scène.

Les 20, 21 et 22 octobre, Hanoi accueillait la troupe du Théâtre de Carouge pour Henri IV le Vert Galant de Monique Lachère. Dans l'ancienne Indochine venir parler en français d'un roi de France a suscité l'engouement d'un public nombreux quoique assez indiscipliné. Les comédiens genevois, Georges Wod en tête ramènent un flot d'impressions fortes de cette confrontation avec un autre monde. Devant un café-crème, le volubile directeur raconte l'aventure de son théâtre dans cette lointaine Asie, dont il semble devoir garder pour longtemps la nostalgie.

-Après la Russie, le Victnam. Le Théâtre de Carouge fait décidément des voyages de plus en plus lointains. Comment cette idée vous est-elle venue?

- Il y a longtemps que je voulais aller en Asie avec mon théâtre. D'abord, nous pensions faire une tournée qui commencerait dans le port russe de Vladivostok, au bord du Pacifique, et enchaîner sur le Japon. Mais à Vladivostok, déception: le directeur du Théâtre Gorki organisait des shows de music-hall genre bas résille pour tours-opérateurs nippons et emmenait ensuite ses clients ivres-morts dans les boîtes à strip-tease de l'endroit. Quant au Japon, nous nous sommes heurtés à des intermédiaires voraces qui ont fait couler le projet. Restait la Chine, mais c'est un pays qui me semblait encore trop ambigu. Le Vietnam s'est imposé à moi tout naturellement.

-Une aventure pareille a dû mobiliser beaucoup d'énergie...

-Bien entendu, cela a été une opération très difficile. D'autant plus que Pro Helvetia, qui s'était déclarée enthousiaste, nous a dit en avril déjà que le budget 1995 était malheureusement bouclé. Mais comme dit Malraux: "Où il y a une volonté, il y a un chemin." Nous avions quelques petites réserves qui nous ont permis de combler les trous. Et puis, comme le projet n'était pas uniquement de faire une tournée mais d'inviter ensuite à Genève une troupe de Hanoi, les Vietnamiens étaient aussi motivés que nous. Quand nous sommes arrivés, la ville était pavoisée de banderoles et d'affiches.

Propos de l'auteur sur Henri IV

L'oeil clair, vif, rieur, I'esprit prompt comme la foudre, la musculature nerveuse d'un jouvenceau adaptée à la posture équestre, la lèvre charnue d'un sensuel, la barbe de faune, tout est là, dans les nombreux portraits légués à la postérité. Pourtant à y bien voir, le regard interroge plus qu'il ne se livre, et cet oeil si vif est apte à se perdre dans la mélancolie profonde. Mais le tempérament l'emporte. C'est celui d'un Cyrano de Bergerac, d'un d'Artagnan né dans un bouclier à l'ombre des remparts de Pau, bercé au son des flûtes et des tambours, des trompettes et des clairons, au bruit des pistoles, arquebuses, mousquets, pétards et canons! C'est la même fougue martiale, la même fanfaronnade, le même accent, le même terroir qui sent la truffe, le foie d'oie, le confit de canard, la garbure, qui fera dire plus tard à Henri IV et son panache blanc, Henri IV le passionné, le vert-galant, le tolérant, I'amoureux des jardins et des fontaines, qui n'hésitait pas, dédaignant l'étiquette, à quitter la salle du Conseil pour traîner après lui dans les allées des Tuileries, ministres, ambassadeurs, gouverneurs, capitaines, gentilshommes de passage ébahis par sa simplicité, qui fera dire au bon roi à la poule au pot dont l'effigie ornera tant de tabatières: "J'ai donné la France au Béarn et non pas le Béarn à la France."

Monique LACHERE

DISTRIBUTION

Mise en scène Georges Wod-Wodzicki
Assisté de Gianni Notaro
Scénographie Ezio Frigerio
Assisté de Alexandre Belaiev
Costumes Franca Squarciapino
Assisté de Lena Beliaev
Eclairages Rinaldo Del Boca
Conception coiffures Reiner Wilhelm

Avec:

Henri IV Georges Wod
Baron de Rosny, duc de Sully Jean-Marie Verselle
Agrippa d'Aubigné Richard Vachoux
Pomponne de Bellièvre, mémoraliste Gérard Carrat
Bellegarde, gentilhomme de la cour Philippe Mathey
Bassompierre, gentilhomme de la cour Jean-René Clair
Le maréchal de Biron Maurice Aufair
Le duc de Mayenne Jean Turlier
Le chambellan Charles Baron
Gabrielle d'Estrées, maîtresse du roi Marie-Luce Felber
Henriette d'Entragues, maîtresse du roi Dorotéa Brandin
Marie de Médicis, reine de France Joanna Szczepkowska
La reine Margot Véronique Mattana
Concini, gentilhomme florentin Christian Gregori
Eléonora Galigai, suivante de la reine Fabienne Loriol
Le curé de Saint-André-des Arts Jean Winiger
L'Archevêque de Bourges Jean-Christophe Malan
Un curé Roberto Bestazzoni
Ravaillac Gianni Notaro
Une musicienne Liana Paula Lungu
Une suivante, un page Cathy Sottas
1er hallebardier Paul Bron
2e hallebardier Jérôme Cachon
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