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Le Matin
Une folie réussie
Georges Wod, le patron du Théâtre de Carouge, nous livre ses sentiments après la première vietnamienne à succès d'"Henri IV, le Vert Galant" Hanoi Dans les rues d'Hanoï le choc est grand : chaleur étouffante, brouhaha, grouillement invraisemblable. L'Asie est là, après vingt-deux heures de voyage, entre promiscuité, poussière beauté, noblesse et douceur. Des vélos, des cyclopousses et des motos dévalent les artères et les ruelles et s'évitent par miracle. Partout, sur notre chemin, d'énormes banderoles annoncent la pièce «Henri IV, le Vert-Galant». Un événement dans cette ville plutôt austère sur le plan théâtral. A Hanoi, le spectacle va se jouer à guichets fermés. Sur le chemin, une vieille dame apostrophe l'un de nos comédiens à travers la vitre du car dans l'espoir d'obtenir une place, mais les invitations sont rares, les places partent au marché noir sur le parvis du palais culturel Viet Xo. Rire universel La salle, composée d'officiels, de représentants de la culture, de lettrés, d'étudiants, fait une ovation à l'auteur présente dans la salle: Monique Lachère. Puis le rideau se lève sur les chevaux gigantesques du décor de Frigerio. L'émotion est palpable, sur le plateau aussi. Beaucoup dans le public tiennent le texte d'«Henri IV» traduit simplement et édité en vietnamien. Malgré un certain brouhaha permanent et très caractéristiquement vietnamien, le rire est là aussi, universel, dans le comique de situation. Parfois, quand on ne s'y attend pas, les reniflements de Bellegarde (alias Philippe Mathey) fidèle du roi font un tabac. Les assauts amoureux d'Henri IV aussi. L'attention est particulière dans les grands moments d'émotion alors que l'aspect historique avec un grand «H» passe plus difficilement dans un pays où les guerres de Religion et le vent de la Réforme sont tout naturellement ignorés. Un choc formidable Que retiendront les comédiens du Carouge Genève de cette première à Hanoi? Une salle debout criant bravo en choeur et agitant livres et programmes en guise de remerciements et de bienvenue. Pour nous, c'est un formidable choc: choc des cultures, choc émotionnel, un pari jamais réalisé par un théâtre occidental: apporter un morceau de la Suisse, un morceau d'Histoire au pays des marionnettes sur l'eau, une page de la Réforme, ramassés dans un spectacle de deux heures quarante-cinq sans entracte (inconnu au Vietnam). C'est une folie réussie.
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| Georges Wod | |
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