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Le Matin
«Henri IV» au Vietnam
14 octobre 1995
Georges Wod, le directeur du Théâtre de Carouge, et sa troupe partent pour Hanoi
Depuis un demi siècle, aucune troupe occidentale n'avait été jouer sur les planches d'un théâtre vietnamien. Le premier à se jeter à l'eau, c'est Georges Wod, directeur du Théâtre de Carouge (GE), qui a décollé hier avec ses trente comédiens pour rejoindre Hanoi. Il y présentera «Henri IV, le Vert-Galant».
Au moment du départ, hier à l'aéroport de Genève Cointrin, l'ambiance était franchement décontractée même si «le patron» ne cachait pas son trac.
- J'adore essuyer les plâtres. L'angoisse est là, mais, si elle n'existait pas, ce métier n'existerait pas non plus. Nous avions déjà tenté l'aventure en allant jouer en URSS. Cette fois, j'ai opté pour l'Asie. Après un siècle de présence française, il semblait plus facile de présenter là-bas, plutôt qu'en Chine, un texte en français. Or, à ma grande surprise, les gens sont beaucoup plus portés sur l'anglais, voire franchement sur l'américain...
- Comment vous ferez-vous comprendre du public ?
- J'ai fait éditer 2000 exemplaires de la traduction de la pièce en vietnamienne, mais nous jouerons en français. Contrairement à ce qui s'était passé en Russie avec «Raspoutine», où les gens disposaient d'une traduction simultanée avec écouteurs. Nous allons, cette fois, projeter des diapositives afin de situer les scènes et les différents actes, 120 dias explicatives défileront pendant le spectacle.
- Devant ce public parfois non francophone, allez-vous modifier votre façon de jouer?
- Oui, un peu. Nous allons appuyer les regards et la gestuelle, mais sans jouer comme des automates. Je me souviens qu'à Saint-Pétersbourg les gens riaient à certains moments et nous ne comprenions pas pourquoi. Les publics ont parfois des réactions inattendues. On verra...
- Comment allez vous faire pour les décors de la pièce?
- Dix-sept tonnes de matériel sont déjà parties il y a deux mois, mais par bateau car je ne suis pas Rockefeller pour transporter tout cela en Boeing (rire). A Carouge, si le théâtre n'est pas très grand, nous disposons pourtant du plus grand plateau de Suisse romande. Il a fallu donc trouver une salle adéquate là-bas, ce qui n'a pas été facile.
- ;Quel est le coût d'une telle entreprise ?
- Il faut compter 500 000 francs environ et heureusement que mon théâtre marche bien! Je n'ai pas reçu le soutien de Pro Helvetia vers qui je me suis tourné. En revanche, le Théâtre de Vidy a eu 160 000 francs de la part de cet organisme, alors qu'il reçoit déjà 6 millions de subventions annuelles et nous 3 millions. Par notre entreprise, nous contribuons pourtant à représenter la Suisse, alors j'ai un peu d'amertume.
- Vous recevrez une troupe vietnamienne au Théâtre de Carouge à votre retour. De quoi s'agit-il?
- Ils vont venir du 7 au 19 novembre pour jouer «Kiêu», de Nguyén Du, un grand auteur du XVIIIe siècle. Il s'agit d'un immense poème en vers presque totalement chanté, dont tous les vietnamiens connaissent au moins un passage. Et, si j'en juge par les locations, ça a l'air d'attirer le public suisse romand.
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