1988 - 1989

Les Exilés
de James Joyce / Jacques Baillon



Jacques BAILLON

Tout en menant un travail d'auteur, au début de sa carrière, Jacques Baillon a créé sa compagnie, le Théâtre Action, qui a présenté un certain nombre de spectacles remarqués, notamment: deux versions des Précieuses ridicules dans une même représentation, une série Strindberg sous le titre La Lutte des Cerveaux, et particulièrement Esther à Prague chez les Renaud-Barrault. Jacques Baillon poursuit parallèlement une recherche théorique avec les Ateliers de Théâtralité qui ont pour but de s'interroger sur le manque d'une écriture spécifique au théâtre. Puis, en 1979, il est nommé secrétaire général de la Comédie française, ce qui lui permet de défendre une notion qui lui paraît fondamentale, celle de Société d'acteurs, et de rappeler la triade de base du premier théâtre de France: «la troupe, le répertoire, le public».
Jacques Baillon devient directeur artistique du Petit-Odéon en 1986.
Auparavant, il aura monté à l'Odéon Créanciers de Strindberg, Les Cenci d'Antonin Artaud, Paradoxe sur le Comédien de Diderot, Lui d'Yves-Fabrice Lebeau, Quel Amour de Michel Boudon et L'Ange de l'information d'Alberto Moravia.
Chaque saison, il organise avec la SACD (Société des auteurs et compositeurs d'art dramatique) la Semaine des auteurs. Il fonde, il y a deux ans, le Collège de Théâtre, avec Jean-Pierre Faye et Heinz Wismann, collège qui interroge la notion de représentation.
Il a monté une société de production, Production Théâtrale, pour aider les jeunes auteurs. En tant que producteur, il a créé l'événement Andy Warhol, Marcel Duchamp, Alain Pacadis, installé par Saskia Cohen-Tanugi sous le pont de la rue Watt et aux alentours. Il a également réalisé une dramaturgie de Senso de Camillo Boïto, avec Claire Vernet.

A propos de Joyce

La tradition souligne que la verte Erin, extrême occident de l'Europe, est le dernier pays à conserver la lumière alors que le reste du continent est déjà plongé dans la nuit. Ce reste de clarté, cette sorte de bougie que tient encore le Celte, accompagnera la Diaspora irlandaise tout au long de ses immigrations, de ses aventures, de ses exils.
Cette lumière préservait peut-être aussi un surplus de connaissances, un surplus de lucidité. Alors qu'elle conduisit certains à aller bâtir des monastères dans toute l'Europe afin de célébrer la gloire de Dieu, elle pousse au contraire un homme comme Joyce à se pencher vers ce qui fait le fond inavouable de l'homme. Alors que le grand James venait de mourir, qu'on venait de l'enterrer, sa fille Lucia, prétendument folle, s'écriait: «Mais que fait-il sous terre, cet idiot? Va-t-il se décider à sortir? Il est en train de nous surveiller.»
C'est que Joyce a toujours traqué la nature humaine, il en a toujours cherché le ressort pervers, ce socle de perversion si fécond et si funeste. Pourtant, tout avait bien commencé. C'est dans l'après-midi, dans la luminosité irlandaise, que dans les rues de Dublin, Joyce voit devant lui une belle fille en train de marcher gaiement. Sans hésiter il l'aborde, sans hésiter il lui parle, et sans hésiter non plus cette belle fille venue de Galway lui répond aussitôt: coup de foudre, une relation qui commence dans la transparence... La transparence, ce qui obsédera toujours Joyce, cette transparence est-elle toujours possible entre les êtres, entre les époux, entre les amis, entre les âmes? Avec l'auteur d'Ulysse, la transparence devient brûlure. C'est celle-ci qui, sans doute, forcera notre auteur à ne jamais rester en place, à être comme un possédé du voyage: Paris, Trieste, Pola, Rome, la Suisse. . . mais je crois surtout Paris. Et pour cet Irlandais qui sut faire chanter la langue anglaise, comme jamais ne sut le faire le vingtième siècle, en dépit de sa passion pour Paris, s'il est difficile de parler de latinité, nous n'hésiterons pas à souligner sa latinitude.
Cette latinitude revêt à nos yeux une extrême importance dans une Europe en recomposition et ceci explique l'attention et la grande reconnaissance que nous éprouvons envers le Théâtre de Carouge, son histoire, son équipe, son directeur Georges Wod. La latinitude est une position que l'on veut occuper dans la civilisation humaniste. Genève n'y a jamais manqué et le Théâtre de Carouge nous le prouve par ses créations et sa production.
Les Exilés, l'unique pièce de Joyce, comme par hasard une pièce d'amour. Si dans sa vie on n'écrit qu'une seule pièce, autant raconter une histoire d'amour!

Jacques BAILLON

DISTRIBUTION

Adaptation: Jean-Dominitlue de la ROCHEFOUCAULT
Mise en scène: Jacques BAILLON
assisté de: Oers KISFALUDY
Scénographie et costumes: Jean-Claude MARET
Assistante: Daniela VILLARET
Musique: Dominique PROEST
Lumières: Alain BANVILLE

Avec:

Berthe Dominique CONSTANZA
Robert Hand Maurice AUFAIR
Richard Rowan Oers KISFALUDY
Béatrice Justice Anne BENOIT
Brigitte Nathalie NERVAL
Archie Jamil SOUSSI
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